"Je suis passé jadis par cette porte dérobée
Avant mon premier souffle j'ai dévalé ce toboggan d'émois
Au sortir de l'océan pourpre où mon corps menu
Accordait son battement à celui d'un cœur immense
Écoutant déjà les grondements du monde à travers les parois du ventre
Rideau de mon entrée en scène comme dérisoire comparse désemparé
Entrouvre doucement tes lèvres tandis que je contemple le reste du corps
Source d'urine de sang d'eaux-mères et de petites vies braillardes
Dont le crâne apparaît cercle à cercle au milieu des élancements
Vallon vibratile défilé des sirènes fissure des fées
Oreille des nymphes atoll aux palmiers ruisselants cour des miracles
Vestibule de soie étoile noire serrure et charnière à la fois
Visage incarcéré de l'antérieur en double profil perdu
Entrouvre doucement tes lèvres tandis que je caresse le reste du corps
Sillage frayage passage parage virage village mirage message
Piste fraîche sentier sous la pluie rue de la rosée
Allée des sueurs avenue des sèves jardin des humeurs
Festival de larmes gala de salives assemblée des mousses
Grappe d'éventails avalanche de plumes vivier des poulpes et des pulpes
Envers des sourires et soupirs rime et raison des mots couverts et des parfums
Entrouvre doucement tes lèvres tandis que je hume et palpe le reste du corps
Prince des yeux clairs aux sommets écumeux de la palpitation
Prince des yeux fermés aux profonds flottements de la satisfaction
Prince du nombre six qu’envahit l’un septième
Resserre doucement tes lèvres tandis que je traverse l’âme entière"
"Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse
Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.
Elle vide, elle enfle d'ombre sa gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,
Une bouche brisée et pleine d'eau brûlante
Roule le goût immense et le reflet des mers.
Enfin désemparée et libre d'être fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et d'une lèvre sèche,
Tète dans la ténèbre un souffle amer de fleur.
Et sur le linge où l'aube insensible se plisse,
Tombe, d'un bras de glace effleuré de carmin,
Toute une main défaite et perdant le délice
À travers ses doigts nus dénoués de l'humain."
"Quand je mets mon doigt sur tes lèvres
Tes grandes lèvres évidemment
Je vois en toi monter la fièvre
Et la rougeur de ton piment
Tout un parfum plein de verdeur
Aux accents plus que maritimes
S’épanouit dans cette fleur
Au territoire si intime
Cueillons-là délicatement
Un seul bouton fera l’affaire
Il faut le prendre doucement
Doigt de velours laisse toi faire
Tu ne dis rien juste un murmure
De ta bouche jaillit le vent
Et la liqueur de ta fracture
C’est l’instant le plus émouvant"