On vient enfin de lire le dernier roman (traduit en français, éditions du Seuil) de John Updike...
Après tant d'autres, puisque cet écrivain-là se montra prolixe...
Ce que l'on ne lui reproche pas, tant on eut de bonheur à le fréquenter!
John Updike est mort voilà bientôt deux ans.
Le roman en question ("Villages"), s'il n'a pas soulevé l'enthousiasme, contient des passages qui prouvent que le vieil homme n'avait rien perdu de sa verdeur!
Le court passage retranscrit ci-dessous évoque les relations sexuelles du "héros" (Owen) avec sa maîtresse (Alissa)...
(On illustre avec soi-même, ce qui frôle l'indécence!) "Alissa aussi était une artiste frustrée, du moins faisait-elle l'amour à Owen comme si ce devait être chaque fois un chef d'oeuvre.... elle
s'adonnait à la baise comme si cela devait sauver son âme; et aux fellations; sa queue dans sa bouche, elle entrait en transe, remuant la tête mécaniquement comme ces oiseaux buveurs dont on
décorait le bord d'un verre d'eau. C'était une orale; assise empalée sur lui pendant qu'il caressait les tétons de sa langue, elle se mettait deux doigts dans la bouche et, les yeux fermés,
commençait son ascension intérieure. Jouir n'était pas simple pour Alissa; c'était une artiste, il lui fallait une concentration sans faille et toutes les conditions requises, les parties du corps
d'Owen (langue, queue, doigts) distribuées selon son bon vouloir. Owen se sentait une sorte de traducteur dont Alissa avait besoin pour communiquer avec elle-même Mais, contrairement à la souriante
Faye aux lombes délicates, elle jouissait sans ambiguïté, en une succession de râles hauts perchés, de plus en plus rapprochés, qui se couronnaient en un sommet que les deux amants avaient presque
désespéré d'atteindre par un gémissement beaucoup plus grave, comme si on l'avait frappée, tandis que sa main libre voletait sur le dos d'Owen telle une aile paniquée. Il fut fier, après quelques
ratés d'allumage dus à la culpabilité et à la peur, de pouvoir faire le chemin avec elle, et de s'y reconnaître. Il s'aperçut petit à petit que le corps d'Alissa avait la mystérieuse faculté
d'émettre de la chaleur là où il voulait être touché, si bien que ses mains, sa bouche allaient s'y poser spontanément. Il comprit lentement, timidement, que pendant qu'elle était assise sur sa
queue et qu'il titillait ses seins, elle voulait qu'elle lui enfonce un doigt dans l'anus, profondément, pendant l'orgasme. Il devint un habile, un complice, uni à Alissa dans de délicieuses
transgressions, franchissant la ligne tracée par leurs ancêtres protestants qui n'enlevaient jamais tous leurs sombres vêtements bibliques quand ils faisaient l'amour dans leurs cabanes sans
lumière..."
On ne compatit pas aux malheurs de Frédéric...
Mieux même: on s'indiffère...
On a envie de lui murmurer: "Débrouille-toi avec ta conscience..."
Chacun ne vit-il pas sa sexualité selon des modalités qui lui sont propres, en fonction d'un vécu qui lui est propre?
On s'assume, n'est-ce pas?
On accomplit des choses que les "bien pensant" réprouvent...
Pire encore: on les montre!
Sans la moindre vergogne.
Comme pour ajouter du plaisir au plaisir!
Puisque l'on se réjouit des plaisirs qui ceux sont des passants....
Sauf que, et tout de même, on ne vend ni n'achète rien...
Que le fric ne parasite donc pas cette aimable complicité...
On n'est rien d'autre qu'une "amateure"...
Eclairée, peut-être, mais "amateure" tout de même!
Alors, on plaint...
Oui, on plaint ceux qui n'ont d'autre recours d'acheter...
Surtout lorsque le négoce s'adresse à ceux et celles qui sont privés du choix, donc de la liberté...
Ceux qui se meurent dans une effroyable misère.
On récuse la morale des dominants.
On ne se reconnaît pas dans la toute puissance de l'argent.
On rêve, oui, on rêve, encore et toujours, d'une société de femmes et d'hommes libres...
Libres d'assumer leurs partages.
Une courte ondée orageuse....
Se défaire du tout qui n'est que si peu...
Et courir, telle que l'on est au naturel...
Sur cette place où un dieu grec s'offre aux jets d'une eau chimiquement impure...
Etreindre les deux globes ronds et fermes modelés par un scupteur inconnu...
S'arrimer au corps fondu dans un métal qui est peut-être du bronze...
S'essayer à ranimer le feu depuis longtemps éteint...
Et puis atteindre à la fusion...
Madame rêve...
Un rêve qui transcende le temps...
Pour atteindre à l'éternité...
Qui n'est jamais que "la mer allée avec les étoiles"...
Les jeunesses que l'on croise parfois ignorent les éternités provisoires...
Elles évoluent dans la représentation simplifiée des modèles dominants...
Pressées de démontrer leur puissance à la consentante...
Tant et tant qu'elles ignorent tout de la subtilité des jeux...
On en fréquenta deux ce premier dimanche d'octobre...
A l'heure du bain vespéral...
Deux qui ne connaissaient des jeux que les images de substitution...
Deux jeunesses égarées sans trop d'avenir...
Deux jeunesses indifférentes à la pédagogie dont cependant on n'abusa pas!
Pressées d'aboutir...
Dans une sorte de folle urgence dont elles ne tirèrent ni satisfaction ni vrai plaisir...
Mais qui la justifia dans leur ressemblance aux modèles!
On a déjà évoqué Cathy GARCIA ("Saline", Editions A tire d'ailes). On vous offre ici un poème dont on se sent parfois très proche. "la lune belle pavane
ses courbes rousses
à faire bander
l'arc du soleil
dans toute son intensité
le vent haleine chaude
de douce bête
échevelle
la crinière du ciel
ce parfum
unique
de galops
sauvages
danse vertige
des oiseaux
la musique
est née tzigane
jetée au feu
donne vie
donne souffle
l'amour n'est pas l'amour
l'amour c'est l'amour
mais ouvrez
ouvrez!
ouvrez lâchez
désenchaînez
les pantins!
ouvrez la cage
du sang qui cogne
laissez jaillir
la fontaine de vivre
donnez à boire
à tous ces assoiffés
qu'on les fasse
danser enfin!
l'amour
l'amour!
l'amour est perdu d'avance
laissons-le divaguer
qu'il profite de la mer
moite et douce
l'amour
dessus dessous
au-delà
qu'il soit roi
des oisillons frileux lancés au soleil
des rêves poussière à se frotter les yeux
à s'amouracher
de vers lumineux
(l'amour...
épargnons-lui
le sinistre sérieux
de nos serments théâtraux
la camisole du manque
nos angoisses toxiques
aimer oui!
trop mais sans limite
oublier d'être beau intelligent parfait
pour se déguiser de chenilles
et faire peur aux orfraies
se vêtir de lune de terre de vent
faire l'amour comme les herbes
frotter la peau
tendre les fesses
ululer de jouissance
éclater
de rire